C’est une question qui revient souvent dans l’univers de la photographie : est-ce que j’effectue des retouches ou pas ? Il s’agit d’une question très personnelle propre à chaque photographe. Pour y répondre, je crois qu’il faut d’abord se poser la question : jusqu’où je suis prêt à aller pour retoucher la photo ? Lorsque je parle de retouche dans ce billet, je ne fais pas allusion aux corrections « de base » d’exposition et de couleurs.

Pour ma part, je crois qu’il faut différencier plusieurs types de retouche selon la finalité de chaque photo. Est-ce que ma retouche sert à masquer un défaut ? S’agit-il d’une affirmation artistique ?

Portrait

Quand on parle de retouche en portrait, on s’imagine tout de suite les transformations extrêmes dans les revues de mode réalisée à l’aide de Photoshop. Est-ce éthique ? Je ne suis pas d’avis que toutes retouches sont mauvaises et oui par moment j’utilise Photoshop pour corriger des défauts. Je crois que tout est dans l’application de ses retouches. En ce qui me concerne, ma limite est fixée à deux questions. Est-ce que cela dénature le modèle ? Est-ce que je pourrais atteindre le même résultat avec du maquillage ? Par exemple, si je fais un shooting photo et qu’en postproduction je me rends compte qu’il y a un bouton sur la joue de mon modèle, je vais le retirer en postproduction, puisque cela ne dénature pas le modèle (en temps normal le bouton n’est pas présent) et parce que du maquillage pourrait très bien le cacher.

Dans le cas inverse, tel que les blanchiments de dents, lissage de la peau pour cacher les « imperfections », etc., je me les interdis. Si les dents de mon sujet ne sont pas blanches immaculées, bien elles ne sont pas blanches immaculées c’est tout. Ce genre de retouche, qui touche très souvent les femmes, est un manque de respect pour son modèle. Les critères de beautés fixés par certains magazines de mode, en plus d’être complètement absurdes, sont pour la plupart basés sur des photos truquées. Non seulement le message qui est véhiculé c’est « voici ce qu’est une belle femme », mais en plus la femme en question ne répond pas la plupart du temps elle même à ces mêmes critères…

Non seulement c’est un manque de respect envers son modèle, mais en plus c’est de la triche ! Il est là le défi de la photographie. Tout le monde qui a mis les pieds à Paris et qui est doté de n’importe quel bidule qui prend des photos a pris une photo de la tour Eiffel. Dans 98 % des cas, cela va finir en une « banale photo de la tour Eiffel ». Ce qui va différencier la photographie du touriste versus celle du photographe est la recherche d’un bon plan pour mettre le monument en valeur et le faire sortir de l’ordinaire. Il en va de même pour le portrait : c’est au photographe de s’adapter et faire ressortir ce qu’il y a de beau chez son modèle. Si le modèle n’a vraiment pas de belles dents, mais à des yeux qui ressortent, ce n’est pas le temps de lui demandé de faire un énorme sourire qui prend toute la place sur la photo, allez hop on focus sur les yeux ! Ainsi, en accordant une prépondérance aux yeux du sujet, on va regarder la photo en se disant « wow, maudit qu’elle a des yeux magnifiques ! » et on ne portera pas attention à ses « défauts ».

Reportage

Le but principal d’un reportage photo est de rapporter la réalité. Dans ce cas-ci, les retouches devraient être minimales et uniquement le strict nécessaire. Les retouches doivent aider à la lecture de la photo, mais ne doivent pas la changer ! Par exemple, si la photo est sous-exposée, on peut augmenter l’exposition en postproduction. Pour le reste il faut s’en abstenir, car même en retirant le plus banal objet cela vient impacter sur la réalité. À la différence de la photo en portrait, la photo en reportage à une existence précise dans le temps. Si vous prenez des photos lors d’une manifestation et que le manifestant à un énorme bouton sur le front, ce n’est pas le temps de l’enlever. À ce moment précis, ce manifestant avait un bouton sur le front, alors c’est avec on bouton sur le front qu’il va faire la couverture du journal, un point c’est tout.

Conclusion

Je vais conclure ce billet en vous rappelant que lorsqu’il est question de retouche en photographie c’est toujours une question de cas par cas. Il ne faut pas se dire s’il faut faire une retouche ou non, mais plutôt pourquoi je fais cette retouche ? Il faut se fixer soi-même des barèmes et toujours respecter l’image de son sujet.

Je disais précédemment être contre le fait de lisser le visage de son modèle pour en cacher les imperfections. Mais si je veux créer un univers rappelant celui d’un rêve, je vais rechercher une certaine brillance qui aura pour effet de lisser la photo en général (y compris les imperfections de la peau). Bien que le résultat final sera le même, cela demeure fondamentalement différent. Si je fais cette retouche, c’est dans le but artistique de créer une ambiance et non pas celui masquer des imperfections.

Il faut s’adapter à son modèle et non pas l’adapter à soi et encore moins à des critères de beautés bidons !

JeSigneEnLigne.com

J’ai signé la Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée et si jamais vous travaillez avec les photos (devant ou derrière l’objectif) ou si vous désirez soutenir une saine image corporelle, je vous invite à en faire de même.